Hong Kong 1894 : le mystère de la peste élucidé par A. Yersin

Alors qu’une pandémie de peste ravage Hong Kong, le médecin colonial Alexandre Yersin, en poste au Vietnam, se précipite sur place et identifie, malgré le veto des autorités britanniques, le pathogène responsable du fléau.
Lettre militaire de Saïgon pour Paris d'août 1894 affranchie avec cinq timbres d’Indochine au type Groupe.<br />Cette correspondance illustre le milieu dans lequel évoluait Alexandre Yersin. Ce franco-suisse était médecin colonial en Indochine française, c'est à dire qu'il appartenait à un corps au statut civilo-militaire, emblématique des ambiguïtés de la colonisation.
Lettre militaire de Saïgon pour Paris d’août 1894 affranchie avec cinq timbres d’Indochine au type Groupe.
Cette correspondance illustre le milieu dans lequel évoluait Alexandre Yersin. Ce franco-suisse était médecin colonial en Indochine française, c’est à dire qu’il appartenait à un corps au statut civilo-militaire, emblématique des ambiguïtés de la colonisation.

La peste ravage l’Asie du Sud en 1894

Le poste de police de Kennedy Town transformé en hôpital temporaire durant l'épidémie de peste de 1894 à Hong Kong. Reconstitution graphique de Didier Lebouc en avril 2026 d'après une photographie d'époque de David Knox Griffith publiée dans le journal britannique The Graphic.
Le poste de police de Kennedy Town transformé en hôpital de fortune durant l’épidémie de peste de 1894 à Hong Kong.
Reconstitution graphique de Didier Lebouc en avril 2026 d’après une photographie d’époque de David Knox Griffith publiée dans le journal britannique The Graphic.

Sporadique depuis au moins deux siècles dans la province chinoise du Yunnan, l’épidémie de peste devient explosive en mars 1894 à Canton - Guangzhou. La rapidité de la propagation et la sévérité des symptômes surprennent les observateurs de l’époque. Plus de 80 000 victimes sont dénombrées dans cette ville du sud de la Chine.

La colonie britannique de Hong Kong, située à une centaine de kilomètres, est atteinte dès avril 1894. Le bilan, dans ce port tropical surpeuplé et sans hygiène, y est encore plus catastrophique. En 2 mois, la barre des 100 000 décès est dépassée.

À partir de ce double foyer portuaire, la peste se propage dans le monde entier en suivant les routes maritimes du commerce et de la colonisation.
L’Empire britannique est le plus touché, notamment en Inde et en Australie.
À la fin du XIXème siècle, la peste frappe une vingtaine de ports européens de manière circonscrite. Seul le Portugal fait exception : jusqu’en 1920, des résurgences annuelles frappent Lisbonne et Porto, causant plusieurs milliers de morts.

Soldats britanniques du Staffordshire Regiment nettoyant des maisons infectées par la peste à Hong-Kong durant l'épidémie de 1894. Reconstitution graphique de Didier Lebouc en avril 2026 d'après une photographie d'époque (source originale Wikimedia Commons - Wellcome Collection).
Soldats britanniques du Staffordshire Regiment nettoyant par le feu des maisons infectées par la peste à Hong-Kong durant l’épidémie de 1894.
Reconstitution graphique de Didier Lebouc en avril 2026 d’après une photographie d’époque (source originale Wikimedia Commons - Wellcome Collection).

Le pasteurien Alexandre Yersin remporte la victoire sur la peste

À peine la nouvelle de la peste à Hong Kong connue, Alexandre Yersin, qui réside alors en Indochine française, l’actuel Vietnam, se porte volontaire pour mener une mission scientifique officielle française. Ce jeune médecin colonial franco-suisse a été formé à l’Institut Pasteur de Paris, où il a travaillé sur la diphtérie et la tuberculose.

À la mi-juin 1894, la mission Yersin est très mal accueillie par les autorités coloniales britanniques de Hong Kong qui lui dénient tout rôle officiel. Elles privilégient une délégation japonaise dirigée par Kitasato Shibasaburō, médecin formé à Berlin par Robert Koch, le rival de Pasteur.

Faisant fi des consignes britanniques et profitant du chaos créé par l’épidémie, Alexandre Yersin installe un laboratoire de fortune dans une paillote et soudoie des fossoyeurs pour récupérer des cadavres de malades.
Son audace couplée aux progrès de la microscopie lui permettent d’identifier une bactérie, on disait alors un bacille, qu’il pense être responsable de la peste.
La découverte d’Alexandre Yersin est présentée à l’Académie des Sciences de Paris dès le 30 juillet 1894 par son responsable hiérarchique le docteur G. Treille.
Kitasato Shibasaburō publie le 10 août, dans le journal The Lancet, un autre bacille, qui s’avèrera, après une longue controverse sur fond de rivalité franco-allemande, être un pneumocoque ayant contaminé ses échantillons.

Alexandre Yersin devant sa paillote laboratoire à Hong-Kong en 1894 durant l'épidémie de peste. Reconstitution graphique de Didier Lebouc en avril 2026 d'après une photographie publiée par Alexandre Yersin dans son ouvrage de 1894 Mon voyage à Hong-Kong au sujet de la peste (source originale Fond Yersin, Institut Pasteur).
Le médecin colonial Alexandre Yersin devant sa paillote laboratoire à Hong-Kong en 1894 durant l’épidémie de peste.
Reconstitution graphique de Didier Lebouc en avril 2026 d’après une photographie publiée par Alexandre Yersin dans son ouvrage de 1894 « Mon voyage à Hong-Kong au sujet de la peste » (source originale Fond Yersin, Institut Pasteur).

Le pasteurien Paul-Louis Simond prend la suite d’Alexandre Yersin. Il démontre la transmission de la peste par les rats et les puces, puis élabore péniblement un sérum.
Il faut ainsi une dizaine d’années après la découverte initiale pour que l’hygiène et les traitements endiguent ce fléau millénaire.

En l’honneur du pionnier franco-suisse, la bactérie responsable de la peste est désormais officiellement nommée Yersinia pestis.

Alexandre Yersin continuateur de Louis Pasteur au Vietnam

Alexandre Yersin à Nha Trang vers 1930. Reconstitution graphique de Didier Lebouc en avril 2026 d'après une photographie d'époque (source originale Ciba, Wikipedia Commons).
Alexandre Yersin à Nha Trang vers 1930.
Reconstitution graphique de Didier Lebouc en avril 2026 d’après une photographie d’époque (source originale Ciba, Wikipedia Commons).
Alexandre Yersin ne se contenta pas de la découverte du bacille de la peste.
Il dirigea et développa l’Institut Pasteur de Saïgon créé par Albert Calmette en 1890. Il fonda aussi le centre Pasteur de Nha Trang.
Pour financer les travaux scientifiques et médicaux de ces institutions, il introduisit en Indochine la culture de l’hévéa et du quinquina qui persistent toujours.

Après avoir quitté le service actif de la médecine coloniale en 1920 avec le grade de colonel, il se retira à Nha Trang où il finit ses jours, soignant gratuitement la population locale.

Pour en savoir plus, consulter :
la communication originale à l’Académie des Sciences de Paris du 30 juillet 1894 sur la peste bubonique à Hong Kong relatant les travaux d’Alexandre Yersin,
la page Wikipédia sur Alexandre Yersin,
la page Wikipédia sur le bacille Yersinia pestis,
la page Wikipédia en anglais sur la peste de Hong Kong en 1894,
la page Wikipedia sur le réseau international des Instituts Pasteur - Pasteur Network.

Contexte sanitaire et épidémiologique

Année : 1894

Pays (noms actuels) : Vietnam, Viêt Nam, France, Hong Kong, Chine

Pays ou organisation postale (noms d'époque) : Cochinchine, Indochine française, France, Hong Kong, Royaume-Uni

Épidémies et pandémies en cours ou suspectées : peste

Philatélie, marcophilie et informations postales

Bureaux postaux (noms actuels) : Hô Chi Minh-Ville, Marseille, Paris

Bureaux postaux (noms d'époque) : Saïgon, Marseille, Paris

Tarif postal et taxes :
Lettre taxée à 15 centimes. Ce montant correspond au tarif préférentiel des correspondances militaires pour une missive simple circulant depuis l’Indochine française vers la métropole, au lieu de 25 centimes pour les lettres civiles.

Timbres, marques, oblitérations et cachets postaux :
Au recto : cinq timbres d’Indochine au type Groupe de 1, 2 et 4 centimes, annulés par le cachet circulaire « SAÏGON CENTRAL COCHINCHINE 25 AOUT 94 ».
Sous les timbres, cachet octogonal « CORR. D’ARMÉES SAÏGON ».
En bas à gauche, cachet du « RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ANNAMITES »
Au verso : cachet de transit à Marseille le 22 septembre 1894 et cachet d’arrivée à Paris le 23 septembre.
Cette lettre a mis moins d’un mois pour relier le Vietnam à la France en passant par le canal de Suez.

Contact et échanges

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