Lettre du sénateur florentin Fenzi purifiée à Constantinople

Les lazarets européens ont longtemps désinfecté les courriers venus d’orient mais la pandémie de choléra de 1865 a inversé les rôles. Cette lettre d’un banquier et politicien florentin a subi une désinfection rigoureuse à Constantinople.
Lettre de Florence destinée à la Banque Impériale Ottomane à Constantinople du 4 novembre 1865 avec la marque encadrée des vapeurs postaux italiens (« piroscafi », littéralement bateaux à feu).
Lettre de Florence destinée à la Banque Impériale Ottomane à Constantinople du 4 novembre 1865 avec la marque encadrée des vapeurs postaux italiens (« piroscafi », littéralement bateaux à feu).
Verso de la lettre avec deux fentes de 35 mm disposées en chevron pour la purification chimique.
Verso de la lettre avec deux fentes de 35 mm disposées en chevron pour la purification chimique.
Carte des lignes de vapeurs postaux italiens et autrichiens en 1860 (source FSFI).
Carte des lignes de vapeurs postaux italiens et autrichiens en 1860 (source FSFI).

Emanuele Fenzi un émetteur prestigieux

L’expéditeur de ce courrier est Emanuele Fenzi, banquier influent et sénateur du jeune Royaume d’Italie.
Cette figure de l’aristocratie florentine entretenait des correspondances d’affaires à travers toute la Méditerranée.

Ainsi, cette lettre est destinée à la la Banque Impériale Ottomane.
Fondé à Istanbul en 1863 par l’état ottoman avec des capitaux britanniques et français, cet organe financier devient rapidement la banque d’émission et le pivot financier de l’Empire. La Banque Ottomane gère la dette publique, sert de trésorier de l’État et soutient la modernisation économique jusqu’à la fin du XIXème siècle.
Elle est aussi un instrument de tutelle financière et politique de la France et du Royaume-Uni sur le sultan ottoman.

Reconstitution graphique du banquier Emanuele Fenzi avec sa famille vers 1850 (image produite par Didier Lebouc, d'après une peinture de Giuseppe Bezzuoli, couvent des Oblats Franciscains Hospitaliers de Florence)
Reconstitution graphique de la famille du banquier Emanuele Fenzi vers 1850 (image produite par Didier Lebouc, d’après une peinture de Giuseppe Bezzuoli, couvent des oblats franciscains hospitaliers de Florence). La fille du jeune garçon à gauche, Ida Fenzi-Copeland, deviendra dans les années 1930 une parlementaire britannique.

Ironie historique, cette lettre ancienne témoigne d’une inversion des flux de contagion.
Habituellement, c’était l’Europe qui craignait la peste venue d’orient.
En 1865, une forte épidémie de choléra sévit dans le sud de l’Europe, bien qu’elle soit née en Inde et passée par La Mecque.
Par précaution, l’administration ottomane impose la désinfection chimique du courrier pour détruire tout pathogène présent dans le papier.

➝ Pour en savoir plus consulter :
la page Wikipedia sur Emanuele Fenzi,
la page Wikipedia sur la Banque Ottomane,
la page Wikipedia en anglais consacrée à Ida Fenzi-Copeland.

Le Lloyd Austriaco au service du courrier international

Le parcours de ce pli est un cas d’école pour l’amateur de marcophilie.
Acheminée par train de Florence à Brindisi via Foggia, la missive embarque d’abord sur un navire postal italien jusqu’à l’île grecque de Corfou au large de l’Albanie.

À Corfou, ce courrier est transféré sur un navire de la compagnie de navigation Lloyd Austriaco - Lloyd Triestino, destination Constantinople.
Cet armateur autrichien, basé à Trieste alors dans l’Empire des Habsbourg, était un acteur majeur des liaisons maritimes et postales entre l’Adriatique et la Méditerranée orientale.

Chaque étoile blanche sur cette carte extraite d'un atlas français de 1843 symbolise une escale du Lloyd Austriaco - Lloyd Triestino (source l'Europe et ses postes vers 1860).
Chaque étoile blanche sur cette carte extraite d’un atlas français de 1843 symbolise une escale du Lloyd Austriaco - Lloyd Triestino (source l’Europe et ses postes vers 1860).

L’arrivée à Constantinople est certifiée par l’oblitération du bureau de poste autrichien local datée du 20 novembre.
L’absence de timbre-poste ou de taxe apparente reste une énigme philatélique sur ce document qui a traversé mers et barrières sanitaires.

➝ Pour aller plus loin, se référer  :
aux pages consacrées à la compagnie Lloyd Austriaco (Lloyd autrichien) sur le site l’Europe et ses postes vers 1860,
à la monographie en italien de la FSFI sur les lignes lignes de vapeurs postaux italiens, français et autrichiens en Méditerranée au moment du Risorgimento.

Contexte sanitaire et épidémiologique

Année : 1865

Pays (noms actuels) : Italie, Grèce, Turquie

Pays ou organisation postale (noms d'époque) : Italie, Grèce, Lloyd Austriaco, Empire d'Autriche-Hongrie, Empire ottoman

Épidémies et pandémies en cours ou suspectées : choléra, choléra de 1863-1875

Techniques de purification des lettres et précautions sanitaires utilisées :
incisions, chimique


Lieux de purification des lettres : Constantinople

Lazarets ou lieux de quarantaine : Constantinople

Philatélie, marcophilie et informations postales

Bureaux postaux (noms actuels) : Florence, Foggia, Brindisi, Corfou, Istanbul

Bureaux postaux (noms d'époque) : Firenze, Foggia, Brindisi, Corfou, Constantinople

Tarif postal et taxes :
Pli non taxé.

Timbres, marques, oblitérations et cachets postaux :
Au recto : cachet commercial EMANUELLE FENZI e Ci FIRENZE, cachet de départ FIRENZE 4 NOV 65, cachet maritime encadré PIROSCAFI POSTALI ITALIANI. Au verso : cachet ambulant FOGGIA - BRINDISI 6 NOV 65, cachet de départ BRINDISI 7 NOV 65 et marque d’arrivée du bureau autrichien CONSTANTINOPEL.

Contact et échanges

➝ Pour joindre Roland Goutay spécialiste en lettres purifiées, philatélie et marcophilie :
utiliser le formulaire de contact ou écrire à lettres@kelibia.eu
Toute prise de contact est, par avance, bienvenue : suggestion d'une précision, proposition de correction, souhait d'informations complémentaires, proposition d'échanges...