Lettre purifiée à Pont-de-Beauvoisin sur le cordon sanitaire

D’avril à novembre 1832, pour tenter d’endiguer le choléra français, le Piémont-Sardaigne décide la purification du courrier et des marchandises aux 2 points d’échange postaux avec la France : Antibes sur le Côte d’Azur et Pont-de-Beauvoisin en Savoie.
Lettre purifiée, expédiée à Nîmes le 16 mai 1832, initialement adressée à Annecy (mention barrée), redirigée sur Moûtiers (mention manuscrite ajoutée).
Lettre purifiée, expédiée à Nîmes le 16 mai 1832, initialement adressée à Annecy (mention barrée), redirigée sur Moûtiers (mention manuscrite ajoutée).
Le verso montre les 2 incisions de purification, ainsi que le cachet linéaire d'arrivée le 21 mai à Annecy et la griffe RETRODATO en rouge. La lettre arrive à Moûtiers le 25 mai 1832.
Le verso montre les 2 incisions de purification, ainsi que le cachet linéaire d’arrivée le 21 mai à Annecy et la griffe RETRODATO en rouge. La lettre arrive à Moûtiers le 25 mai 1832.
L'ancienne École Pratique Impériale des Mines du Mont Blanc à Peisey-Nancroix sous la neige (source Association Le Palais de la Mine).
L’ancienne École Pratique Impériale des Mines du Mont Blanc à Peisey-Nancroix sous la neige (source Association Le Palais de la Mine).
La plaque commémorative apposée sur le bâtiment ci-dessus (source Florian Pépellin - Wikimedia Commons).
La plaque commémorative apposée sur le bâtiment ci-dessus (source Florian Pépellin - Wikimedia Commons).

Pont-de-Beauvoisin : frontière physique, postale et sanitaire

Du transport du Dauphiné à la France en 1343 jusqu’au rattachement de la Savoie en 1860, la rivière Le Guiers a été la frontière entre la France en rive ouest et ses voisins savoyards puis piémontais & sardes, en rive est.

Assez naturellement, deux bourgades se sont développées autour du pont dit « de Beauvoisin » qui permettait le franchissement du Guiers.
Ces villages cousins se sont naturellement appelés « Pont de Beauvoisin » ou « Ponte Belvecino » en italien.
Subtilités toponymiques : le plus souvent le village français était nommé Le Pont de Beauvoisin et celui côté Savoie Pont Beauvoisin.

Le lit du Guiers est étroit dans la traversée de Pont-de-Beauvoisin, ce qui facilitait grandement la contrebande, notamment, au XVIIIème siècle, celle du fameux bandit Mandrin qui utilisait la Savoie comme base arrière.

Aujourd’hui encore, 2 municipalités françaises avec le même nom « Pont-de-Beauvoisin » coexistent, l’une en Isère sur l’ancienne rive française et l’autre dans le département de la Savoie.
Les nombreuses tentatives de fusion communales, depuis le début des années 2 000, ont toutes échouées sur les obstacles administratifs.

Au XIXème siècle, Pont-de-Beauvoisin était le principal lieu d’échange du courrier postal entre la France et le Royaume de Sardaigne.
Les lettres à destination ou venant de 64 départements du nord et du centre de la France transitaient par le pont sur le Guiers, comme l’atteste le cachet appliqué sur cette lettre.
Le courrier à destination des autres départements passait par Antibes.

Le courrier français à destination du Piémont-Sardaigne a été purifié durant l’épidémie de choléra entre avril et novembre 1832.

➝ Pour aller plus loin, se référer  :
à la page Wikipedia consacrée aux deux « Pont-de-Beauvoisin », respectivement en Isère et Savoie,
à la monographie consacrée aux marques postales et la poste sarde dans l’arrondissement d’Annecy (1816 - 1860) - Wolfgang Martin - Amicale Philatélique d’Annecy - 2017,
à la monographie sur la voie franco-sarde dans les relations postales internationales (1818-1851) - Robert Abensur - Bibliothèque de l’Académie de Philatélie.

Charles-Marie-Joseph Despine, ingénieur savoyard du Corps des Mines français au service du Royaume de Sardaigne

La biographie du destinataire de la lettre Charles-Marie-Joseph Despine illustre les zigzags politiques de la Savoie, entre France et Piémont-Sardaigne, aux XVIIIème et XIXème siècles.

Joseph Despine (parfois orthographié Despines) est né en 1792 à Annecy, alors en France, dans le fugace département du Mont-Blanc. Il est le douzième d’une famille de 13 enfants.
Son père, appelé aussi Joseph Despine, sans prénom additionnel, est le médecin du roi Victor-Amédée III de Sardaigne, le monarque de la zone, et le fondateur des thermes d’Aix les Bains.
Après avoir obtenu son baccalauréat au lycée de Grenoble, Joseph junior fait ses études à Paris à l’École Polytechnique et intègre le Corps des Mines français.
Il rentre en Savoie en 1812 pour travailler dans des mines des Alpes.
En 1815 à la chute de Napoléon, cette région retrouve son ancien propriétaire, le monarque turinois de Piémont-Sardaigne.

Joseph Despine devient, en 1825, directeur de l’École des Mines de Moûtiers, redevenue sarde. À partir de 1835, il sera inspecteur général des mines du royaume de Sardaigne.
De 1848 à sa mort, le virus politique le gagne et il est élu au suffrage censitaire, sans trop d’efforts, représentant de la Savoie au parlement de Turin.
Son décès, en 1859, lui évite opportunément d’avoir à se prononcer sur la cession de la Savoie à la France en 1860.

➝ Voir aussi sur ce site une lettre de Guadeloupe datée de 1829 et adressée à un autre des multiples frères Despine.
➝ Pour aller plus loin, se reporter :
à la page Wikipédia sur Charles-Marie-Joseph Despine,
la généalogie prolixe de Joseph Despine, le père du destinataire, publiée par Pierre Blanc sur Geneanet,
à l’histoire de l’École des Mines de Peisey-Nancroix (1802 - 1814) - Ivan Cadenne et Patrick Givelet - Revue Le Monde Alpin et Rhodanien - 1996,
au site de l’Association Le Palais de la Mine de Peisey-Nancroix.

Contexte sanitaire et épidémiologique

Année : 1832

Pays (noms actuels) : France

Pays ou organisation postale (noms d'époque) : France, Savoie, Royaume de Sardaigne, Piémont-Sardaigne

Épidémies et pandémies en cours ou suspectées : choléra, choléra de 1831-1837

Techniques de purification des lettres et précautions sanitaires utilisées :
incisions, chimique


Lieux de purification des lettres : Le Pont-de-Beauvoisin, Ponte Belvecino

Lazarets ou lieux de quarantaine : Le Pont-de-Beauvoisin, Ponte Belvecino

Philatélie, marcophilie et informations postales

Bureaux postaux (noms actuels) : Nîmes, Pont-de-Beauvoisin, Annecy, Moûtiers

Bureaux postaux (noms d'époque) : Nîmes, Le Pont-de-Beauvoisin, Ponte Belvecino, Annecy, Moûtiers

Tarif postal et taxes :
Lettre taxée à 18 soldi (mention manuscrite) selon le tarif de janvier 1830, 12 soldi correspondant à CF3R, 4 soldi pour le trajet sarde et 2 soldi pour la progression de poids sarde pour une lettre de 6 grammes. Le port, comme c’était l’usage, a été payé par le destinataire sarde.

Timbres, marques, oblitérations et cachets postaux :
Cachet de départ Type 12 NISMES 16 MAI 1832, marque d’échange CF3R Corriere Francese Terzo Raggio - courrier français troisième rayon déterminant le tarif et le montant rétrocédé à l’office postal français.

Contact et échanges

➝ Pour joindre Roland Goutay spécialiste en lettres purifiées, philatélie et marcophilie :
utiliser le formulaire de contact ou écrire à lettres@kelibia.eu
Toute prise de contact est, par avance, bienvenue : suggestion d'une précision, proposition de correction, souhait d'informations complémentaires, proposition d'échanges...