Lettre de Lisbonne à Etampes durant les combats du Tage de 1831
Le tout neuf roi Louis Philippe vexé par le monarque portugais
En 1830, le Portugal, à cours de réalisme politique, refusa de reconnaître la jeune monarchie de Juillet, jugée usurpatrice car issue d’une révolution.
Le gouvernement français saute sur le premier prétexte pour lancer une expédition militaire dont l’objectif réel est d’amener Michel Ier du Portugal à reconsidérer sa position.
La marine française entra dans l’embouchure du fleuve Tage le 11 juillet 1831 et remporta, à la surprise générale, son duel d’artillerie contre les forts et les navires portugais.
Suite à cette bataille navale perdue, la vue du roi Dom Miguel s’améliora et il put reconnaître le souverain français.
Témoignage d’un jeune officier de marine français
Le dénommé Joseph Achille de Moyne de Sérigny qui servait probablement à bord du bâtiment français Le Pallas, envoie à sa mère une longue missive dès la fin des combats.
Ci-dessous, mot à mot et sans filtre, le texte de ce courrier qui reflète son époque.
Lisbonne, le 15 juillet 1831
Ma chère mère tout est fini.
Maintenant un traité vient d’être conclu entre nous et le Portugal et nous voilà redevenu amis après avoir abaissé l’orgueil de Dom Miguel ;
c’est le 11 que nous sommes entrés à Lisbonne après l’arrivée de l’escadron que nous attendions.
Monsieur le contre-amiral Roussin envoya le 9 un parlementaire à Lisbonne pour demander au gouvernement portugais, s’il devait entrer dans le Tage en ami ou en ennemi, attendu qu’il était décidé de le faire en même temps, il le prévient que d’une manière ou de l’autre il serait à Lisbonne le 11 à midi.
La réponse ne fut pas satisfaisante et la promesse de L’amiral fut exécutée, les passes forcées malgré les forts et tous les navires portugais de guerre mouillés devant Lisbonne pris sans coup férir.
L’amiral envoya de suite un parlementaire qui offrait un arrangement au gouvernement, mais par lequel il lui faisait dire qu’il était entré dans le Tage en vainqueur, et qu’en ayant refusé jusqu’à présent, toute espèce d’accommodement, il subirait toutes les conséquences de sa position.
Il lui fit en même temps proposer son ultimatum : le gouvernement portugais paru vouloir s’en arranger, mais il ne se pressait pas.
Lorsqu’en fait, l’Amiral, ennuyé, lui envoya le soir un message pour le prévenir que si le 14, tout n’était pas terminé, il leur annoncerait midi en commençant le feu sur la ville en exécution de cette menace.
Plusieurs bâtiments reçurent des ordres et durent se mettre par le travers des édifices publics, d’un ou deux petits forts, seules défenses de la ville et nous-mêmes, nous nous sommes chargés du fameux palais de l’Ajuda et de sa corderie.
Les bâtiments ont fait branle-bas de combat et les hostilités jusqu’alors suspendues, paraissaient sur le point de reprendre. Dans la nuit il arrive un message qui nous dit qu’à 10h on viendrait traiter et en effet tout s’est arrangé.
L’amiral Roussin a dignement représenté la France dans la réception de l’ambassadeur portugais et tous nous avons été enchantés de ses manières dans cette occasion.
Je ne connais pas encore les bases du traité, j’ignore si je pourrai te les envoyer dans cette lettre mais si je ne le fais pas j’espère le faire dans la suivante du reste l’amiral paraît pressé de retourner à Brest et il est probable que nous ne tarderons pas à être en France.
Cette affaire, qui est destinée à jeter un nouveau lustre sur notre Marine est la première sous ce fameux pavillon tricolore, et elle est honorable car nous avons fait ce qui paraissait impraticable.
Cependant les journaux te diront peut-être que nous n’avons nullement favorisé les constitutionnels de Lisbonne et le système de notre intervention a été soutenu.
Du reste les Portugais sont un peuple dégénéré, vil et bas, ils sont dignes de leur sort. Il suffit d’être bien mis en passant dans les rues de Lisbonne pour être abordé et emprisonné.
On nous dit que depuis 15 jours près de 3000 personnes ont été arrêtées. Don Miguel est un monstre que personne encore, pas même Robespierre n’a surpassé en cruauté.
En fait au Brésil, il s’amusait à crever les yeux des petits nègres.
La veille de notre entrée, il avait fait sabrer dans les murs des personnes qui ne l’avaient salué et qui n’avaient pas crié « Vive le bon roi, le roi absolu ».
Un tel homme rayé du contrôle et L’Humanité respirerait.
Pour aller plus loin, se référer à la page Wikipedia consacrée à cet épisode peu connu de diplomatie de la canonnière.
Lettre purifiée au vinaigre en rade de Brest
Cette lettre a été transportée sur un navire mis en quarantaine sur l’île Tréberon en face de Brest, lieu habituel de désinfection du courrier et des marchandises.
Le Portugal était jugé comme un pays peu fiable sur le plan sanitaire. Peste et choléra y étaient suspectés.
➝ Toute personne qui détiendrait une lettre du même auteur, l’officier de marine français Joseph Achille de Moyne de Sérigny, est cordialement invitée à contacter Roland Goutay, qui cherche à reconstituer la biographie de ce militaire et qui possède d’autres courriers de sa main.
Contexte sanitaire et épidémiologique
Année :
1831
Pays (noms actuels) : Portugal, France
Pays ou organisation postale (noms d'époque) : Portugal, France
Épidémies ou pandémies en cours ou suspectées : peste, choléra
Techniques de purification employées : vinaigre, incisions
Lieux de purification : Tréberon
Lazarets : Tréberon
Philatélie, marcophilie et informations postales
Bureaux (noms actuels) : Lisbonne, Brest, Etampes
Bureaux (noms d'époque) : Lisbonne, Brest, Etampes
Tarif et taxe : Taxée à 9 décimes, selon le tarif postal du 1er avril 1828, soit 8 décimes pour une distance entre 400 et 500 km, plus un décime de mer.
Timbres, marques, oblitérations et cachets : cachet PAYS D’OUTREMER PAR BREST
Contact et échanges
Pour joindre Roland Goutay, spécialiste en lettres purifiées et marcophilie :
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