Lettre purifiée de La Havane à Schiedam en 1830

Partie de Cuba, ce pli a été désinfecté au vinaigre à son arrivée aux Pays-Bas par un médecin du lazaret de Wieringen, au large du port de Helder, désormais Den Helder.
Lettre expédiée de La Havane le 19 juin 1830, arrivée à Schiedam le 1<sup>er</sup> août, purifiée au vinaigre par les services sanitaires du lazaret de l'île de Wieringen au large du port de Den Helder.
Lettre expédiée de La Havane le 19 juin 1830, arrivée à Schiedam le 1er août, purifiée au vinaigre par les services sanitaires du lazaret de l’île de Wieringen au large du port de Den Helder.

Les néerlandais précurseurs des contrôles sanitaires maritimes

Les Pays-Bas ont mis en place des protocoles sanitaires dès 1793, d’abord dans la région de Rotterdam, notamment à Hellevoetsluis. À cette époque, un chirurgien montait à bord des navires suspects vêtu d’une robe imbibée de vinaigre pour se protéger des miasmes.

En 1805, la République Batave, nom du protectorat de la France de Napoléon sur les Pays-Bas, crée officiellement des lazarets, en particulier sur l’île de Wieringen devant le port de Den Helder.

Cette lettre comporte des particularités marcophiles : la marque Den Helder Zeebrief (courrier maritime Den Helder), la marque Marine Gezuiverd (purification maritime) et la signature du médecin G Robyn qui confirment la désinfection de la lettre à bord du navire qui l’acheminait.
Les autorités sanitaires néerlandaises craignaient la fièvre jaune alors endémique à Cuba.

Loopuyt et l’empire du Holland gin

Vers 1830, la ville néerlandaise de Schiedam, à l’ouest de Rotterdam, était l’usine à genièvre du monde. Des navires quittaient ses quais, les cales gorgées d’alcool fort, pour de nombreuses destinations, dont Cuba.
Arrivé aux Antilles, ce Holland gin s’échangeait, à prix d’or, contre du sucre et du tabac.

La distillerie P. Loopuyt & Co, destinataire de la lettre et toujours existante, règnait en maître sur ce trafic transatlantique.
Dirigée d’une main de fer par son fondateur, cette puissante maison réussissait l’exploit d’exporter aux Antilles, patrie du rhum, ses caisses de spiritueux marquées d’un emblème en forme de sablier.

Den Helder : verrou du Zuiderzee, navires capturés par des cavaliers et terres asséchées

Au XVIIIème siècle, Den Helder s’impose comme le verrou maritime vital d’Amsterdam. Juste à l’est, Wieringen reste une île rude et isolée, battue par les tempêtes du Zuiderzee. Ces deux avant-postes commandent alors farouchement tout l’accès naval aux Provinces-Unies.

L’hiver glacial de 1795 fige totalement la mer autour de la presqu’île de Den Helder. Prise au piège dans les glaces, la puissante flotte néerlandaise est victime d’un assaut absolument irréel.
Les hussards et les chasseurs belges de l’armée révolutionnaire française avancent à cheval sur la mer gelée et capturent les navires de guerre. Il s’agit de la seule fois dans l’histoire où une marine militaire est vaincue par une charge de cavalerie.

Deux cartes géographiques à la même échelle de Den Helder et Wieringen aux Pays-Bas. En bas, carte topographique de 1861. En haut, vue satellite contemporaine. L'assèchement de terres prises sur la mer (polders) est spectaculaire (source : Arcanum Maps)
Deux cartes géographiques à la même échelle de Den Helder et Wieringen aux Pays-Bas.
En bas, carte topographique de 1861. En haut, vue satellite contemporaine.
L’assèchement de terres prises sur la mer (polders) est spectaculaire (source : Arcanum Maps).

Au XIXème siècle, la lutte ancestrale contre les flots s’accélère aux Pays-Bas. De nouvelles digues massives consolident Den Helder et amorcent le grignotage continu des eaux.
Cette ingénierie implacable finira par assécher la mer pour souder définitivement l’île de Wieringen au continent.

➝ Pour aller plus loin, se référer à la page Wikipedia consacrée à la capture de la flotte hollandaise au Helder le 23 janvier 1795.

Rappel sanitaire : malgré leurs vertus hypothétiquement purifiantes, gin et genièvre doivent toujours être dégustés avec modération. Toutefois, il est désormais acquis que plonger son courrier dans de tels alcools n’a aucun effet anti-épidémique.

Contexte sanitaire et épidémiologique

Année : 1830

Pays (noms actuels) : Cuba, Pays-Bas

Pays ou organisation postale (noms d'époque) : Cuba, Espagne, Pays-Bas

Épidémies et pandémies en cours ou suspectées : fièvre jaune

Techniques de purification des lettres et précautions sanitaires utilisées :
vinaigre


Lieux de purification des lettres : Den Helder

Lazarets ou lieux de quarantaine : Wieringen

Philatélie, marcophilie et informations postales

Bureaux postaux (noms actuels) : La Havane, Den Helder, Schiedam

Bureaux postaux (noms d'époque) : La Havane, Helder, Schiedam

Tarif postal et taxes :
Lettre taxée à 60 cents de florin (mention manuscrite), selon le tarif de 1816 pour le courrier transatlantique traité par les bureaux de poste maritimes.

Timbres, marques, oblitérations et cachets postaux :
Marque cursive rouge Den Helder Zeebrief (courrier maritime Den Helder), marque cursive noire Marine Gezuiverd (purification maritime) avec la signature du médecin des services sanitaires G Robyn. Cachet d’arrivée à Schiedam le 1er août 1830.

Contact et échanges

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