Patente de santé du consulat de Sardaigne à Tunis en 1826

Document officiel indispensable pour toute navigation commerciale, la patente de santé certifie l’absence de maladie au port de départ.
Émis par le consulat de Sardaigne à Tunis, ce passeport sanitaire illustre aussi les procédures de désinfection en Méditerranée qui n’épargnaient pas les papiers administratifs, purifiés alors qu’ils attestaient d’une situation saine, en théorie.
Patente de santé nette n°9 émise par le consulat de Sardaigne à Tunis le 11 décembre 1826 pour le brigantin La Giuseppina. En bas à gauche, un texte manuscrit du 21 mars 1827 rédigé par le consul de Sardaigne à Sfax indique que la situation sanitaire est saine dans le sud tunisien.
Patente de santé nette n°9 émise par le consulat de Sardaigne à Tunis le 11 décembre 1826 pour le brigantin La Giuseppina. En bas à gauche, un texte manuscrit du 21 mars 1827 rédigé par le consul de Sardaigne à Sfax indique que la situation sanitaire est saine dans le sud tunisien.
Détail des traces de pince utilisée pour maintenir le document au-dessus de la flamme lors de sa purification lors d'une escale.
Détail des traces de pince utilisée pour maintenir le document au-dessus de la flamme lors de sa purification lors d’une escale.
Navire de type brigantin, le « cheval de trait de la Méditerranée », similaire à La Giuseppina (source ActuNautique).
Navire de type brigantin, le « cheval de trait de la Méditerranée », similaire à La Giuseppina (source ActuNautique).

La patente de santé un passeport contre l’épidémie

Au XIXème siècle, aucun navire ne pouvait accoster sans présenter une patente de santé. Ce document administratif classait le risque sanitaire en trois catégories : patente nette, patente suspecte ou patente brute.
Dans ce cas précis, le consul sarde Giovannetti atteste dans cette patente nette que la santé publique à Tunis est exempte de toute contagion.
Trois mois plus tard, son collègue Guegnolo à Sfax confirme l’absence d’épidémies dans le sud tunisien.
Manifestement, pour les navires qui pratiquaient le cabotage en Méditerranée, la patente était utilisée sur une longue période et donnait lieu à des sortes de prolongation.

Lors du XIXème siècle, la Tunisie a été ravagée à de multiples reprises par les épidémies. Décembre 1826 et mars 1827 correspondent donc soit à une rare période d’accalmie, soit au désir des diplomates du Piémont-Sardaigne de faciliter le commerce.

Du courrier mis au feu

En décembre 1826, lors de l’émission de son passeport sanitaire sarde, le brigantin La Giuseppina, commandé par le capitaine Giuseppe Garbagna originaire de la région de Gênes, s’apprêtait à quitter Tunis pour Sfax, avant de possiblement rejoindre Villefranche-sur-Mer ou un autre port de la péninsule italienne.
Le courrier et les documents de bord étaient suivis à chaque escale, éventuellement désinfectés et pouvaient donner lieu à une mise en quarantaine.

Bien que cette patente soit nette, elle a subi une désinfection à la flamme préventive lors d’une escale durant sa période assez longue d’utilisation.
Des traces plus claires d’une pince en forme de croix de Lorraine, typique des services de santé sardes ou napolitains, sont visibles. Cette pince permettait de maintenir le papier au-dessus d’une flamme pour le purifier sans trop le brûler.
Cette pièce est un témoignage rare en marcophilie de purification par le feu, différente des habituelles incisions pour le vinaigre.

Dans le passeport sanitaire, la cargaison du navire est indiquée être du lest.
Il est certain que les brigantins, navires rapides et manoeuvrants, avec de nombreuses voiles et un faible tirant d’eau, devaient être chargés en permanence pour ne pas chavirer.
Toutefois, il est peu probable que La Giuseppina, armée par un équipage de 11 personnes, servait exclusivement à transporter du sable entre Tunisie et Italie.
Une telle déclaration passe-partout évitait de mentionner que le navire pouvait transporter des matières dites susceptibles, c’est à dire considérées à l’époque capable de propager les maladies contagieuses.

➝ Pour aller plus loin sur le contexte diplomatique, consulter l’article de Leaders sur la Tunisie et la rivalité entre les puissances au XIXème siècle.
➝ Pour découvrir les caractéristiques techniques de ce type de voilier, consulter l’article du site ActuNautique sur le brigantin, deux-mâts à voiles carrées.

Contexte sanitaire et épidémiologique

Année : 1826, 1827

Pays (noms actuels) : Tunisie, Italie, France

Pays ou organisation postale (noms d'époque) : Tunisie, Empire ottoman, Royaume de Sardaigne, Piémont-Sardaigne

Épidémies et pandémies en cours ou suspectées : peste

Techniques de purification des lettres et précautions sanitaires utilisées :
correspondance, patente de santé, flamme

Philatélie, marcophilie et informations postales

Bureaux postaux (noms actuels) : Tunis, Sfax, Villefranche-sur-Mer

Bureaux postaux (noms d'époque) : Tunis, Sfax, Villafranca

Tarif postal et taxes :
Ce document administratif consulaire n’a pas été taxé par la poste.

Timbres, marques, oblitérations et cachets postaux :
Le document porte le sceau du consulat de Sardaigne à Tunis ainsi que des signatures manuscrites, notamment celle du consul de Sardaigne à Sfax.

Contact et échanges

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