Lettre d'un officier français de Smyrne à Belley en 1824
Cette correspondance nous plonge au cœur de la guerre d’indépendance grecque et des opérations navales françaises, aux échos très actuels.


Qui dit conflit dit grandes puissances
Durant les années 1820, durant toute la guerre d’indépendance grecque contre l’Empire Ottoman, les « puissances » européennes de l’époque ont joué de leur forte présence militaire en Méditerranée orientale.
La force navale française opérant dans cette zone permettait, simultanément, de soutenir les indépendantistes grecs, de contrôler les velléités militaires du sultan ottoman et de protéger les intérêts commerciaux dans les « Échelles du Levant », le Liban actuel, alors en pleine crise épidémique et déjà politique.
Ainsi, en octobre 1824, l’auteur de la lettre, Edouard Ernest de Rostaing, officier de marine à bord de frégate l’Isis, alors au mouillage dans le port ottoman de Smyrne, désormais Izmir, est au premières loges pour être témoin et même acteur du conflit qui aboutira à l’indépendance de la Grèce.

Une purification ethnique ordinaire
Edouard Ernest de Rostaing évoque dans son courrier la « belle conduite » d’un de ses officiers, le vicomte de Villeneuve sur la petite île désormais grecque de Psará.
Psará était un des bastions de la flotte grecque indépendantiste.
En représailles d’attaques au brulot sur des bateaux militaires ottomans, notamment sur le navire amiral, la population de l’île fut massacrée en juillet 1824. Ce massacre fut très similaire à celui survenu en 1822 sur l’île de Chios voisine.
L’intervention de la Marine Royale française sur la côte rocheuse de Psará permit de sauver 156 rescapés et d’obtenir une accalmie relative.
Tableau de Ivan Aïvazovski de 1881 (source : Pinacothèque Nationale d’Athènes - Wikimedia Commons).
Le détroit est-il ouvert ou fermé ?
La navigation de la flotte française dans ces eaux contestées était soumise à une diplomatie complexe, notamment pour le passage du détroit des Dardanelles.
La traversée de navires de guerre était conditionnée à l’obtention d’un firman, c’est à dire d’un décret émis par le Divan, l’administration du sultan ottoman à Constantinople.
Les amiraux et commandants de station français devaient faire preuve d’habileté pour ne pas irriter les autorités ottomanes, tout en portant secours et même soutien, parfois de manière officieuse, aux populations rangées du coté des indépendantistes grecs.
Ainsi, la lettre d’Edouard Ernest de Rostaing mentionne :
Il y avait eu d’ailleurs beaucoup plus de difficulté pour laisser entrer La Trinité [dans le détroit des Dardanelles] qu’on s’y était attendu et malgré l’attention qu’on avait eu de ne pas peindre les sabords.
L’Isis, qui a l’air d’un Corsaire, étant allongée sur l’eau, étroite, et ayant les mats très inclinés sur l’arrière, n’obtiendra pas le firman pour passer le détroit.
➝ Pour aller plus loin, se reporter aux pages Wikipedia consacrées :
❧ au massacre de Psará en 1824,
❧ à la guerre d’indépendance grecque,
❧ à la tactique de combat naval par brulots,
❧ au marin et homme politique grec Konstantínos Kanáris.
Intégralité du pli de l’enseigne de vaisseau Edouard Ernest de Rostaing



Contexte sanitaire et épidémiologique
❧ Année : 1824
❧ Pays (noms actuels) : Turquie, France
❧ Pays ou organisation postale (noms d'époque) : Empire ottoman, France
❧ Épidémies et pandémies en cours ou suspectées : peste
❧ Techniques de purification des lettres et précautions sanitaires utilisées :
incisions, vinaigre
❧ Lieux de purification des lettres : Toulon
❧ Lazarets ou lieux de quarantaine : Toulon
Philatélie, marcophilie et informations postales
❧ Bureaux postaux (noms actuels) : Izmir, Toulon, Lyon, Dijon, Belley
❧ Bureaux postaux (noms d'époque) : Smirne, Smyrne, Toulon, Lyon, Dijon, Belley
❧ Tarif postal et taxes :
Lettre taxée à 8 décimes pour le parcours de Toulon à Dijon.
❧ Timbres, marques, oblitérations et cachets postaux :
Au recto : cachet 78 TOULON SUR MER car à l’époque le département du Var porte le numéro 78 et marque manuscrite rouge 8 pour la taxation à décimes.
Au verso : marques DEB 68 LYON & DEB 20 DIJON. DEB signifie déboursé, ces tampons matérialisent des sortes de dettes d’un bureau de poste à l’autre. Le Rhône possède alors le numéro 68 et la Côte d’Or son identifiant actuel 20. Une marque semi manuscrite « Bonne pour Belley » appliquée à Dijon complète ces nombreuses traces marcophiles.
Contact et échanges
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