Passeport sarde purifié lors de la fièvre jaune de Barcelone

Ce passeport a été délivré en 1821 à Arona, sur la rive sarde du Lac Majeur, à un voyageur se rendant à Barcelone. À l’été 1822, sur le trajet du retour vers l’Italie, ce document a été purifié au vinaigre au Perthus, alors que l’épidémie est finie depuis plus d’un semestre.
Passeport du Royaume de Sardaigne délivré à Arona le 18 septembre 1821 à Antonio Pagani se rendant à Barcelone. L'en-tête rappelle que le roi de Sardaigne est aussi roi de Jérusalem et de Chypre, duc de Savoie et de Gênes et prince du Piémont (suivi de 3 fois la mention et cetera).
Passeport du Royaume de Sardaigne délivré à Arona le 18 septembre 1821 à Antonio Pagani se rendant à Barcelone. L’en-tête rappelle que le roi de Sardaigne est aussi roi de Jérusalem et de Chypre, duc de Savoie et de Gênes et prince du Piémont (suivi de 3 fois la mention et cetera).
Verso du passeport avec les multiples visas et mentions apposés aux points de contrôle sanitaires sur le trajet du retour en 1822 attestant du passage par des zones où la contagion battait son plein.
Verso du passeport avec les multiples visas et mentions apposés aux points de contrôle sanitaires sur le trajet du retour en 1822 attestant du passage par des zones où la contagion battait son plein.
Patente de santé délivrée à Barcelone le 13 juillet 1822 et agrafée au passeport pour autoriser le franchissement de la frontière Espagne - France lors du retour en Italie.
Patente de santé délivrée à Barcelone le 13 juillet 1822 et agrafée au passeport pour autoriser le franchissement de la frontière Espagne - France lors du retour en Italie.

La fièvre jaune ravage Barcelone en 1821

Durant l’été 1821, Barcelone est frappée par une épidémie soudaine de fièvre jaune, souvent appelée en France peste de Barcelone.

Un ou plusieurs navires venant de La Havane à Cuba ont apporté dans leurs cales des moustiques infestés par le virus qui s’étaient reproduits à bord dans les réserves d’eau douce.
Ces insectes se sont répandus dans le quartier portuaire surpeuplé de la Barceloneta qui leur offrait des conditions idéales de reproduction. L’épidémie cessa brutalement en décembre avec l’arrivée du froid.

La fièvre jaune de 1821 a semé la terreur et tué environ un sixième de la population barcelonaise. Elle a aussi atteint les ports limitrophes de Barcelone. Par contre, l’intérieur de la Catalogne n’a presque pas été affecté.

Les médecins de l’époque ignoraient tout des virus et des insectes vecteurs.
Les mesures sanitaires prises par les autorités ont été le fruit de vifs débats entre contagionnistes et infectionnistes. Les premiers défendaient une quarantaine stricte de la population qui n’empêchait en rien le vol des moustiques d’un bâtiment à l’autre. Les seconds prônaient surtout l’aération des logements…

Les multiples marques sanitaires sur le passeport à l’été 1822, lors du retour vers l’Italie, témoignent de précautions à la fois inutiles et à contretemps.

30 000 soldats français déployés sur la frontière espagnole

La contagion simultanée, en Espagne, de la fièvre jaune et des idées politiques libérales amena le gouvernement du roi de France Louis XVIII à agir avec détermination dès l’automne 1821.

Plusieurs régiments prirent position le long des Pyrénées, de Hendaye à Perpignan, pour établir un cordon sanitaire. Les règles sont drastiques : toute personne non autorisée franchissant le cordon est passible de mort immédiate sans procès.
Après l’extinction de l’épidémie, début 1822, les troupes sont maintenues, officiellement au titre de l’observation sanitaire.
La désinfection du passeport par le vinaigre au Perthus fait partie de cette fiction militaro-sanitaire.

En 1823, les masques tombèrent, un neveu de Louis XVIII prit la tête d’une expédition militaire qui rétablit sur le trône espagnol le souverain absolutiste Ferdinand VII.

La France sacrifie un jeune médecin

Pour donner le change, pendant le déploiement des troupes, la France envoya à Barcelone ce qui s’appellerait aujourd’hui une mission humanitaire.
Cette poignée de courageux tous volontaires, dirigée par le jeune médecin grenoblois André Mazet, devait étudier cette pathologie méconnue et tenter de soigner les malades.

Le jeune et héroïque docteur Mazet au chevet des malades de la fièvre jaune à Barcelone en 1821. Reconstitution graphique d'après une gravure d'époque de Jacques-Etienne-Victor Arago (source initiale : Wellcome Collection - Wikimedia Commons).
Le jeune et héroïque docteur Mazet au chevet des malades de la fièvre jaune à Barcelone en 1821.
Reconstitution graphique d’après une gravure d’époque de Jacques-Etienne-Victor Arago (source initiale : Wellcome Collection - Wikimedia Commons).

Le docteur Mazet multiplia les observations cliniques et les autopsies risquées de malades entassés dans l’hôpital du Séminaire.
Il ne guérit pas grand monde et ne fit guère progresser la médecine. Par contre, très vite, il contracta le virus.
Le 22 octobre 1821, sa mort foudroyante le transforma en martyr de la science. Le sacrifice d’André Mazet fut instrumentalisé par la monarchie française comme l’exemple ultime de l’héroïsme chrétien et humanitaire face au fléau épidémique.

Contexte sanitaire et épidémiologique

Année : 1821, 1822

Pays (noms actuels) : Italie, Espagne, France

Pays ou organisation postale (noms d'époque) : Royaume de Sardaigne, Piémont-Sardaigne, Espagne, France

Épidémies et pandémies en cours ou suspectées : fièvre jaune

Techniques de purification des lettres et précautions sanitaires utilisées :
patente de santé, vinaigre


Lieux de purification des lettres : Le Perthus

Lazarets ou lieux de quarantaine : Le Perthus

Philatélie, marcophilie et informations postales

Bureaux postaux (noms actuels) : Arona, Gênes, Barcelone, Le Perthus, Perpignan

Bureaux postaux (noms d'époque) : Arona, Genova, Barcelone, Le Perthus, Perpignan

Tarif postal et taxes :
Pas de taxe postale puisqu’il s’agissait d’un document administratif au porteur. L’émission de ce passeport a coûté une lire du Piémont.

Timbres, marques, oblitérations et cachets postaux :
Le passeport comporte de nombreux visas et mentions de transit, le plus souvent à but sanitaire.
Par ordre alphabétique : Alzo, Arona, Barcelone, Borgomanero, Briançon, Calella, Figueras, Gênes, Gérone, La Jonquera, Le Perthus, Perpignan.
Patente sanitaire espagnole délivrée par la commission municipale de santé de Barcelone est agrafée au passeport.

Contact et échanges

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