Règlements du bureau de santé de Marseille de l'An V

Ce document de 215 pages constitue la bible sanitaire de Marseille, en 1797, sous le Directoire. Il codifie rigoureusement le traitement des matières dites « susceptibles » et des courriers pour protéger le port phocéen des épidémies venues par mer.
Page de garde du « Réglemens du bureau de santé de Marseille » édité par « Jean Mossy, Imprimeur - Libraire, à la Canebière, An V de la République ».
Page de garde du « Réglemens du bureau de santé de Marseille » édité par « Jean Mossy, Imprimeur - Libraire, à la Canebière, An V de la République ».
Chapitre LXIX (69) consacré à la « Chambre du Parfum » utilisée pour la désinfection du courrier par fumigation. « Parfumer » est le nom donné à l'exposition à des fumées « d'herbes sèches ».
Chapitre LXIX (69) consacré à la « Chambre du Parfum » utilisée pour la désinfection du courrier par fumigation. « Parfumer » est le nom donné à l’exposition à des fumées « d’herbes sèches ».
Extrait de la page 122 stipulant que « pour que les plis des Lettres soient complettement purgés par le parfum, il faut nécessairement les décachetter ».
Extrait de la page 122 stipulant que « pour que les plis des Lettres soient complettement purgés par le parfum, il faut nécessairement les décachetter ».

Une défense sanitaire très organisée

Ce règlement de 215 pages témoigne de l’importance des précautions de santé dans un grand port international comme Marseille à la fin du XVIIIème siècle. Malgré les turbulences révolutionnaires, le souci des épidémies perdurait.

Ce recueil administratif traite de tous les aspects sanitaires :
les différents employés et comités de l’administration de santé, le lazaret de Pomègue, ses bâtiments et son organisation, le lieu affecté au débarquements malades pestiférés, les magasins servant à stocker les marchandises en quarantaine, les chambres de correction, les gardes, le cimetière, etc…

Sommaire du règlement de santé de Marseille de 1797. La page est maculée de taches de vinaigre qui témoignent de son usage effectif en période d'épidémie.
Sommaire du règlement de santé de Marseille de 1797. La page est maculée de taches de vinaigre qui témoignent de son usage effectif en période d’épidémie.

Bien entendu, ces prescriptions sanitaires détaillent aussi comment chaque lettre, considérée comme vecteur de maladie, devait être traitée.
Le courrier devait être ouvert dans la chambre du parfum pour subir une fumigation ou bien aspergé de vinaigre. Parfois les deux traitements étaient appliqués.

Les lazarets successifs à Marseille

Au cours de l’histoire, plusieurs infrastructures se sont succédées pour mettre à l’isolement personnes et marchandises arrivées par la mer afin de protéger Marseille des épidémies.

Le premier lazaret fut établi rue Radeau en 1477, suivi par celui de la Porte de l’Ource en 1526.
Pour faire face à la croissance du trafic maritime, les « Infirmeries » furent installées quartier Saint-Lambert en 1558. Elles furent ensuite déplacées à Saint-Martin d’Arenc vers 1664, site clé de la grande peste de 1720.

Au milieu du XVIIème siècle, la défense s’éloigne du centre urbain avec la construction d’un hôpital à Pomègues, au large, dans l’archipel du Frioul. Les navires pouvaient y mouiller en sécurité sans contact avec la terre ferme.
Ce contexte était encore celui du règlement sanitaire ci-dessus.

L’hôpital Caroline sur l’île de Ratonneau, toujours dans l’archipel du Frioul, fut décidé en mars 1822, suite aux épidémies de fièvre jaune. Terminé en 1828, il fut reconverti en lazaret sous Napoléon III en 1850.

Photographie contemporaine de l'hôpital Caroline sur l'île de Ratonneau (source Parc National des Calanques).
Photographie contemporaine de l’hôpital Caroline sur l’île de Ratonneau (source Parc National des Calanques).

En 1856, ce lazaret insulaire accueille en quarantaine les 125 000 militaires français de retour de Crimée.
La précaution n’est pas superflue : durant cette campagne, les épidémies ont causé davantage de pertes que les combats eux-mêmes, faisant de la maladie un ennemi plus meurtrier que l’adversaire.

➝ Pour aller plus loin, se référer aux pages Wikipédia sur :
l’archipel du Frioul,
l’île de Pomègues,
l’île de Ratonneau,
la guerre de Crimée.

Contexte sanitaire et épidémiologique

Année : 1797

Pays (noms actuels) : France

Pays ou organisation postale (noms d'époque) : France

Épidémies et pandémies en cours ou suspectées : peste

Techniques de purification des lettres et précautions sanitaires utilisées :
correspondance, fumigation, vinaigre


Lieux de purification des lettres : Marseille

Lazarets ou lieux de quarantaine : Pomègues

Philatélie, marcophilie et informations postales

Bureaux postaux (noms actuels) : Marseille

Bureaux postaux (noms d'époque) : Marseille

Tarif postal et taxes :
Pli non taxé car il s’agit d’un document administratif réglementaire.

Timbres, marques, oblitérations et cachets postaux :
Aucun cachet postal ou marque d’oblitération d’époque.

Contact et échanges

➝ Pour joindre Roland Goutay spécialiste en lettres purifiées, philatélie et marcophilie :
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Toute prise de contact est, par avance, bienvenue : suggestion d'une précision, proposition de correction, souhait d'informations complémentaires, proposition d'échanges...