Du XVème à la fin du XIXème siècle, le papier était tenu pour une matière dangereuse, on disait alors susceptible.
Les médecins le soupçonnaient de véhiculer la peste, le choléra ou la fièvre jaune, au même titre que les étoffes ou les marchandises.
Face à cette peur, les autorités de santé avaient déployé un vaste dispositif de précaution. Le courrier en provenance des zones épidémiques était systématiquement désinfecté.
Cette pratique sanitaire et postale s’appelle la purification des lettres.
Elle consiste à désinfecter le courrier à l’aide de vinaigre, de fumée, de gaz ou d’une flamme, agents réputés destructeurs de miasmes et autres pathogènes.
Purifier le courrier s’effectuait généralement dans les bureaux de santé des ports, aux frontières, dans les lazarets ou dans les lieux de quarantaine.
Afin de permettre la pénétration des agents désinfectants sans enfreindre le secret postal, les lettres étaient souvent incisées ou perforées.

Vers la fin du XIXème siècle, les avancées en microbiologie sapent les bases médicales de la purification des lettres.
Peu à peu, la désinfection du courrier, sans utilité sanitaire réelle, est abandonnée.
Toutefois, récemment, lors de la pandémie de covid-19, la purification des lettres a repris du service, notamment en Chine.
Outre les entailles dans les lettres, la purification du courrier a produit de nombreuses marques visibles : timbres de désinfection, cachets et mentions manuscrites, patentes de santé & passeports sanitaires…
Ces indices font aujourd’hui le bonheur des philatélistes et des marcophiles.
Ils permettent de reconstituer l’histoire, non seulement des postes, mais aussi des épidémies et des circulations internationales des personnes & marchandises.
Collection de lettres purifiées et de documents sanitaires
- Lettre purifiée à Pont-de-Beauvoisin sur le cordon sanitaire
Suite à la vague de choléra à Paris, en 1832, le Piémont-Sardaigne cadenasse ses frontières avec la France, en Savoie et vers Nice.
- Entier postal de Patras purifié sans pitié à Brindisi
Bien qu'épargnée par le choléra en 1885, la Grèce a eu tout son courrier passé au four, même les cartes postales.
- Lettre de Crosne à Signa de 1885 durant le choléra
L'épidémie de choléra de 1884-1885 a frappé Paris. L'Italie décida de purifier le courrier du nord de la France en plus de celui du sud.
- Circulaire des intendants de santé de Marseille pour Naples
En 1825, les autorités marseillaises informent Naples de l'évolution favorable de navires suspects de peste en quarantaine au lazaret.
- Lettre de 1819 avec marque de désinfection SG Sanità Genova
La Foce, près de Gênes, était le plus grand lazaret du monde qui pouvait accueillir plus de 1000 passagers et 150 navires.
- Lettre du sénateur florentin Fenzi purifiée à Constantinople
Une missive de 1865 qui illustre un renversement de l'histoire sanitaire où l'Empire Ottoman se protège du choléra européen.
- Patente de santé du consulat de Sardaigne à Tunis en 1826
Un passeport sanitaire délivré puis confirmé en Tunisie et purifié par la flamme en Italie.
- Peur bleue du choléra en 1831 : lettre purifiée d'Elseneur
Un pli du Danemark pour Bordeaux, désinfecté chimiquement à Givet lors de la progression rapide de la pandémie en Europe.
- Lettre des USA de 1819 purifiée sur une île de la Gironde
Le courrier maritime était désinfecté sur l'île de Patiras, en face Pauillac, pour éviter la diffusion des épidémies à Bordeaux.
- Circulaire sanitaire de Nice pour Villefranche-sur-Mer en 1850
Le choléra menaçant, les autorité de santé niçoises décident une quarantaine stricte pour les navires venant du Languedoc.









